J'ai prêté 300 palettes à l'artiste danois Thomas Dambo pour la Forêt Monumentale, près de Rouen. Quand le bois sauvé devient matière d'une œuvre géante.
Il y a quelques années, la Forêt Monumentale s'est installée près de Rouen — de l'art en grand, au milieu des arbres. Parmi les artistes invités, un Danois : Thomas Dambo. Un homme qui, comme moi, travaille la matière qui a déjà vécu. Pour son œuvre, il lui fallait du bois. Beaucoup de bois.
C'est là que l'atelier entre dans l'histoire : j'ai prêté 300 palettes à Thomas Dambo. Trois cents. Ça ne passe pas inaperçu. Des palettes marquées, cabossées, réparées — du bois qui avait porté des charges, pris la pluie, fait sa vie d'objet utile avant d'être déclaré bon à jeter.
Quand la palette devient matière d'artiste
D'habitude, c'est moi qui ponce, qui découpe, qui réassemble. Cette fois, mon rôle était ailleurs : fournir la matière première, puis laisser un artiste s'en emparer. Et ça m'a plu. Parce que ça raconte exactement ce que je répète depuis le début — ce bois-là n'est pas un déchet. C'est une réserve. Une matière qui attend sa seconde vie : un meuble, un décor de scène, ou une œuvre d'art géante posée dans une forêt.
Une palette seule, personne ne la regarde. Trois cents palettes entre les mains d'un artiste, tout le monde s'arrête. C'est la plus belle preuve que le bois sauvé peut tout porter : le quotidien comme le monumental. La table de votre salon comme l'œuvre qu'on vient voir de loin.
À l'atelier, à Malaunay, je continue à mon échelle. Palette après palette, planche après planche. Mais je repense souvent à ces trois cents-là, parties servir une œuvre plus grande que nous. Franchement, ça rend fier. Pas de moi — de la matière. Elle le mérite.
Publié le 10 mars 2026 — Fabrice Marné, Malaunay.