À l'atelier, le bois est recyclé à 100 % — et même les clous rouillés servent de fixateur de couleur à un producteur de textile. Rien ne se perd.
Tout commence au pied-de-biche. Une palette arrive à l'atelier — abîmée, vouée à la destruction. Je la cale, je glisse le fer sous la planche, et je fais levier. Doucement. Le bois qui a déjà vécu ne se brusque pas. Planche après planche, dé après dé, je démonte tout. C'est long. Mais c'est le prix pour sauver la matière sans la casser.
Ensuite, le tri. Les belles planches d'un côté : elles deviendront un plateau de table, un dossier de fauteuil, une tête de lit. Les chutes de l'autre — un cadre, un objet gravé, une cale pour l'établi. Rien ne part à la benne. Et au fond du seau, il reste les clous. Tordus, rouillés. Bons à jeter ? Même pas.
Même les clous rouillés repartent travailler
C'est le détail qui étonne le plus quand je le raconte : mes clous rouillés servent de fixateur de couleur à un producteur de textile. La rouille, qu'on prend pour une fin, aide les teintes à tenir sur le tissu. Alors je les mets de côté, seau après seau, et ils partent vivre une deuxième vie — comme le bois qu'ils tenaient.
Au bout du compte, le bois est recyclé à 100 %. Ce n'est pas un slogan, c'est ma table de travail de tous les jours. L'économie circulaire, dans un petit atelier comme le mien, ça ne ressemble pas à un grand discours. Ça ressemble à un pied-de-biche, des caisses de tri, un seau à clous — et beaucoup de patience.
Je ne vends pas des meubles. Je transmets une matière sauvée, et l'idée qu'un objet du quotidien peut porter une âme. L'atelier est à Malaunay, près de Rouen. Racontez-moi votre projet — je vous réponds personnellement.
Publié le 15 juin 2026 — Fabrice Marné, Malaunay.